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La Langue des Signes Française
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Vers 1760 , l’Abbé de l’Epée rencontre deux jumelles sourdes qui communiquent entre elles au moyen des signes. C’est la révélation. L’abbé de l’Epée a l’idée d’instaurer une pédagogie au moyen des signes gestuels et souligne l’importance de ce mode de communication dans l’enseignement de l’enfant sourd. Pari très largement gagné puisque son impulsion a entraîné l’éclosion de la communauté des sourds, en France et au-delà de nos frontières. C’est ainsi que Laurent Clerc, un de ses élèves, a exporté son enseignement aux Etats-Unis.
De 1827 à 1889, l’enseignement de la parole articulée prend une place croissante dans le programme scolaire. Il s’agit de "changer le sourd en entendant". Cette période est alors le théâtre d’affrontement entre deux courants : celui de la langue des signes et celui du tout oral. Ce mode de communication triomphera lors du Congrès de Milan, en 1880 , regroupant les spécialistes internationaux de l’éducation des sourds (un seul sourd y participait). Il en résulte l’interdiction de la langue des signes au profit de la méthode orale pure pour l’instruction des enfants sourds.
Pourtant, avant cette date, des sourds jouissaient d’un statut social élevé et nombre d’entre eux exerçaient des métiers prestigieux : enseignants, écrivains, avocats. Quelques écoles de sourds avaient à leur tête un directeur sourd. Suite au congrès de Milan, les directeurs et les professeurs sourds ont été remerciés et les anciens élèves ont été mis à l’écart des plus jeunes pour éviter que les gestes ne les "contaminent". La langue des sourds s’est alors perpétuée en dehors des classes, de génération de sourds en génération de sourds.
De 1889 à 1976 , la langue des signes est interdite .
Ce contexte historique explique que la langue des signes n’ait pu se développer de façon harmonieuse. Un siècle d’interdiction l’a sérieusement appauvrie jusqu’au milieu des années 70 où, à l’exemple de la communauté sourde américaine, les sourds de France ont commencé à revendiquer le statut de minorité linguistique et culturelle .
En 1977, le Ministère de la Santé lève partiellement l’interdit qui pèse sur la langue des signes.
Mais ce n’est qu’ en 1991 que l’Assemblée Nationale accepte, au titre III - article 33 de la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991, l’utilisation de la Langue des Signes Française (LSF) dans l’éducation des enfants sourds : "Dans l’éducation des jeunes sourds, la liberté de choix entre une communication bilingue -langue des signes et français- et une communication orale est de droit."
En 1998, Dominique Gillot, députée du Val d’Oise, présente son rapport pour le "Droit des sourds" en 115 propositions, "pour que le siècle qui s’ouvre devant nous fasse du droit des sourds le devoir des entendants".
En 2000 : Modification du code de procédure pénale, mentionnant le recours à des interprètes en LSF lorsque des personnes sourdes sont convoquées en justice.
En 2005 : la loi n°2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées reconnaît officiellement la LSF.
Ainsi, ses art. 19 et 75 insèrent les dispositions suivantes dans le code de l’éducation :
« Art. L. 112-2-2. - Dans l’éducation et le parcours scolaire des jeunes sourds, la liberté de choix entre une communication bilingue - langue des signes et langue française - et une communication en langue française est de droit. Un décret en Conseil d’Etat fixe, d’une part, les conditions d’exercice de ce choix pour les jeunes sourds et leurs familles, d’autre part, les dispositions à prendre par les établissements et services où est assurée l’éducation des jeunes sourds pour garantir l’application de ce choix. » « Art. L. 312-9-1. - La langue des signes française est reconnue comme une langue à part entière . Tout élève concerné doit pouvoir recevoir un enseignement de la langue des signes française. Le Conseil supérieur de l’éducation veille à favoriser son enseignement. Il est tenu régulièrement informé des conditions de son évaluation. Elle peut être choisie comme épreuve optionnelle aux examens et concours, y compris ceux de la formation professionnelle. Sa diffusion dans l’administration est facilitée. »